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Entretien avec Bertrand : 30 ans d’engagement collectif chez Pain Virgule

11 05 2026

Pain Virgule, une Scop qui met le local au cœur du pain

Pain Virgule est bien plus qu’une boulangerie. C’est une société coopérative et participative (Scop) qui réunit 18 personnes, 9 associés et 9 salariés autour d’une même mission : produire un pain de qualité, sain et accessible à tous, tout en respectant les valeurs coopératives.

La particularité de Pain Virgule ? Une production complète “du champ à la fourchette” : le blé est majoritairement cultivé localement, transformé en farine dans leur propre moulin, puis pétri et cuit par les boulangers de la Scop. Le tout en maintenant un prix raisonnable pour les consommateurs. Horizontalité, partage des richesses et savoir-faire sont les piliers de cette coopérative, qui se distingue par son ancrage territorial et son engagement collectif.

pain virgule
Bertrand, assis au milieu de l'équipe Pain Virgule

Entretien avec Bertrand

« Je suis arrivé pour donner un coup de main et je ne suis jamais reparti »

Vous êtes engagé chez Pain Virgule depuis longtemps : pouvez-vous nous raconter votre parcours dans la coopérative ?

Je suis arrivé le 22 janvier 1996, après un parcours dans le bâtiment. J’avais un ras-le-bol de la façon de faire. C’est mon frère Philippe, cofondateur de Pain Virgule avec Nathalie, qui m’a fait découvrir la Scop. À l’époque, il y avait des travaux à faire, je suis venu donner un coup de main et j’ai découvert une autre manière de travailler.

Ce qui m’a tout de suite marqué, c’est la répartition de l’argent, les valeurs d’équité. Ici, le taux horaire est le même pour tous. Le petit nouveau a les mêmes bases que celui qui est là depuis 30 ans. Tant que je serai là, je garderai cette valeur.

J’ai occupé beaucoup de postes : la boulange au départ, puis la meunerie, les livraisons… J’aime le fait que ça tourne, qu’on ne fasse pas toujours la même chose. Ça m’anime. J’ai aussi été gérant pendant plusieurs mandats, seul ou en co-gérance avec Cyril. Ce rôle, c’était surtout écouter, savoir où on allait, et garder la confiance avec tout le monde, associés ou non.

Aujourd’hui, Pain Virgule, c’est 9 associés et 9 salariés et Rémy en est le gérant. Une équipe à taille humaine, où chacun compte.

« Être à la barre de notre outil de travail »

Qu’est-ce qui vous motive encore aujourd’hui, après toutes ces années ?

C’est l’aventure collective. L’ambiance. Le fait de ne pas être dans la routine. On est à la barre de notre outil de travail. On sait où on va.

J’aime aussi le lien avec les agriculteurs, le fait de suivre toute la chaîne. On reçoit le blé, on le transforme avec notre moulin, on produit notre propre farine. C’est assez fort. Nourrir les gens avec un produit sain, de qualité, à un prix raisonnable, c’est ça qui m’anime.

Quand on compare les tarifs avec d’autres boulangeries bio, on se rend compte qu’on est parmi les moins chers. Et ça, c’est important pour moi : que tout le monde puisse se nourrir correctement.

J’ai aussi repensé aux marchés, aux livraisons au MIN de Nantes, aux liens avec les clients et les producteurs devenus des copains. Ce contact humain, c’est une grande part de l’aventure.

« Être en Scop, c’est déjà être hors des clous »

Comment définiriez-vous la mission de Pain Virgule aujourd’hui ?

Notre mission, c’est simple : nourrir le peuple avec du pain. Mais avec des valeurs derrière. Du sain, du local et un prix raisonnable.

On travaille avec des producteurs du coin, dans un rayon très proche. Le plus loin, c’est à peine 200 km. Une seule céréale vient de plus loin : le petit épeautre du Mont Ventoux. Sinon, tout est local. Cet ancrage territorial, c’est notre force.

Et puis être en Scop, c’est déjà être hors des clous. On partage les richesses, on transmet le savoir-faire. On pourrait être moins nombreux pour faire tourner l’activité, mais on choisit d’être plus pour transmettre, former, faire découvrir la Scop et le bio à ceux qui arrivent.

« Ce qui compte le plus, c’est la transmission »

Selon vous, qu’est-ce que le modèle Scop a permis de construire chez Pain Virgule ?

Avant tout, de l’humain. Le partage des richesses, bien sûr, mais aussi celui du savoir-faire. On transmet beaucoup. Au départ après un an en CDI, chacun pouvait demander à devenir associé. Désormais ce n’est pas automatique, c’est au bon vouloir des salariés. C’est un peu dommage d’ailleurs… Mais ce qui m’importe, c’est que les gens puissent entrer chez Pain Virgule, même sans connaître les Scop ou le bio, et expérimenter ces valeurs. Le partage à tous les niveaux, c’est ça qui fait la différence.

« Une surprise pleine d’émotion pour mes 30 ans »

Vous avez récemment célébré vos 30 ans dans la coopérative : qu’avez-vous souhaité mettre en avant ?

C’était une surprise totale ! Ils ont retracé mon parcours, invité des anciens, des plus récents même des gens avec qui j’ai moins de lien. Mais ils font partie de l’histoire.

Ils ont même écrit une chanson avec mes anecdotes. J’aime bien chanter, faire des blagues, parfois ça passe, parfois moins ! Mais il y avait beaucoup d’émotion.

« On laisse quelque chose qui ne nous appartient pas »

Quand vous regardez le chemin parcouru, de quoi êtes-vous le plus fier ?

De la construction collective. Le bâtiment qu’on a monté ensemble. L’outil de travail qu’on laisse. Il ne nous appartient pas, et c’est ça qui est beau. Quand je partirai, je serai fier de laisser quelque chose de solide.

On est partis petits, on a grandi sans s’éparpiller, en restant ancrés localement. C’est une richesse.

J’espère que Pain Virgule va perdurer. On a posé le socle.

« On n’est jamais seuls »

Un mot sur l’accompagnement de l’Union régionale des Scop ?

Ils ont toujours été présents. Ils nous ont accompagnés dans notre parcours, ouvert d’autres visions. Tous les ans, il y a un suivi, des échanges. On n’est pas laissés à nous-mêmes. C’est précieux. Et récemment, il y a eu une rencontre entre Scop de la filière boulangerie à Paris, c’est vraiment top comme initiative.

Témoignages de Cyril et Baptist à propos de Bertrand

Le regard de Cyril : « Pain Virgule, c’est souvent lui qu’on vient voir en premier »

Pour Cyril, qui travaille avec Bertrand depuis une quinzaine d’années, sa place dans la coopérative s’est imposée naturellement.

« Celui qui m’a le plus marqué quand je suis arrivé, c’est lui, sans savoir pourquoi. À Pain Virgule, c’est souvent la personne à qui on parle en premier. On travaillait le matin ensemble, on était les deux premiers à arriver. »

Au-delà de l’ancienneté, Cyril souligne surtout son engagement au quotidien.

« Bertrand, c’est l’investissement. Il a donné énormément de lui-même. Il dépanne, il travaille, il a l’esprit d’équipe. C’est quelqu’un de très bosseur, super investi. »

En arrêt maladie depuis plusieurs semaines, la récente absence de Bertrand a aussi mis en lumière l’importance du lien qu’il a construit, en interne comme avec les clients.

« Depuis que je le remplace, tout le monde me demande des nouvelles de Bertrand. Certains clients ont même son numéro personnel. Il a créé beaucoup de liens, avec l’équipe mais aussi avec les responsables de magasins, les clients des marchés… Ses 30 ans dans l’entreprise ont montré à quel point ces relations comptent. »

Cyril insiste également sur ce que permet le fonctionnement coopératif au quotidien.

« Ici, on travaille pour nous. On ne travaille pas pour un patron qui récolte l’argent et les lauriers. Et depuis plus de 30 ans, tout le monde a le même taux horaire, que ce soit au bureau, à la production ou sur les marchés. Cette horizontalité, c’est vraiment une valeur forte de Pain Virgule. »

Le regard de Baptiste : « Bébert, un binôme sur qui on peut compter »

Baptiste travaille depuis 10 ans à Pain Virgule, en binôme avec Bertrand sur la meunerie. Leur duo s’est construit dans le temps, au rythme des journées qui démarrent tôt et des machines qui ne pardonnent pas l’improvisation.

Pour lui, “Bébert” est d’abord un repère solide dans le travail.

« Un démerdard, un gros travailleur. Ses horaires, ses performances… c’est impressionnant. La génération d’avant ne rechignait pas. Il est toujours prêt à remplacer au dernier moment, toujours disponible. »

Au fil des années, cette proximité a créé bien plus qu’une simple organisation de travail.

« Pain Virgule, c’est un peu sa famille. Il ne voit pas ça comme un travail, mais comme quelque chose pour la Scop. Et ça, il nous l’a transmis. Grâce à lui, on est fiers d’arriver après des gars comme ça. Ça donne envie de s’impliquer, de s’investir. »

Dans leur quotidien à la meunerie, cette confiance est centrale.

« On travaille ensemble sur un poste où il faut pouvoir compter sur l’autre. Et avec lui, il y a cette confiance-là. Même sans avoir toutes les compétences au départ, il fait confiance. Il permet aux gens d’apprendre. »

Baptiste insiste aussi sur la culture de transmission portée par Bertrand :

« Il n’y a pas de hiérarchie figée. Les anciens sont à l’écoute, les idées peuvent circuler. Même sur la meunerie, quelqu’un peut arriver sans expérience et apprendre. C’est beau cette confiance-là. »

Sur le plan de l’organisation de la coopérative, il observe aussi les évolutions :

« Aujourd’hui, ça fonctionne mieux qu’avant. Ça s’est stabilisé, la gérance est plus posée. Ça a mis du temps, mais ça s’améliore au fil des années. »

Mais ce qui domine, reste le lien humain construit au quotidien.

« C’est plus qu’un collègue. C’est un tonton sur qui on peut compter. On peut blaguer avec lui, mais on sait aussi qu’il répond présent. Il fidélise les nouveaux, les jeunes, tout le monde s’entend bien avec lui. Quand il partira, ça fera clairement un vide. »

 

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